Changements climatiques, risques côtiers et bombes météorologiques

Alors que le magazine Time classait les Îles-de-la-Madeleine parmi les 10 endroits à visiter sur la planète Terre avant leur disparition, les étudiants en écogestion des risques côtiers tenaient la semaine dernière au cégep une exposition fort instructive sur divers risques environnementaux qu’encourt l’archipel et les pistes d’intervention privilégiées. Les changements climatiques sont au cœur des enjeux liés à la gestion de notre fragile territoire et même cet hiver particulièrement rude qui n’en finit plus de finir n’est pas sans lien avec le phénomène.

Les risques identifiés par les étudiants sont majeurs et réels: érosion des berges, scission du réseau routier, naufrage majeur, contamination de la nappe d’eau potable, prolifération des espèces envahissantes. Une bonne gestion de risque passe par une connaissance intime du milieu, l’action préventive, l’anticipation des aléas, la planification, une préparation sans faille et la capacité de mobilisation des gens et des ressources pour affronter l’épreuve et s’en remettre. Ce sont là les principaux éléments de ce qu’on appelle la résilience d’une communauté.

On peut se réjouir que le groupe Collegia ait mis sur pied un programme exclusif au cégep des îles qui colle si bien à la réalité du milieu madelinot, tout en offrant un savoir transférable aux autres communautés côtières. Près d’une douzaine d’étudiants de cette première cohorte, originaires des Îles et d’ailleurs, termineront leur formation en mai, fins prêts à soutenir divers projets et initiatives communautaires, privées ou publiques en milieu côtier.

Les principaux risques inventoriés par les étudiants sont ceux liés aux bouleversements du climat que provoque la production effrénée des gaz à effet de serre sur la planète. Le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) démontre une fois de plus que l’humanité court à sa perte avec le modèle de croissance actuel basé sur les énergies fossiles et le gaspillage énergétique. Si rien n’est fait, les scientifiques estiment que le réchauffement planétaire pourrait facilement dépasser les 4 °C, entraînant des impacts dévastateurs sur l’agriculture mondiale, les pêcheries et la disponibilité de l’eau potable, sans compter la multiplication des événements météorologiques extrêmes. De quoi alimenter notre réflexion dans le débat sur l’exploration pétrolière au site Old Harry et gazière en milieu terrestre.

Surtout qu’en tant qu’insulaires, nous sommes particulièrement bien placés pour observer l’effet immédiat des changements climatiques. Les tempêtes sont plus fréquentes et plus violentes dans l’archipel depuis 30 ans, les épisodes de submersion plus courants, l’effritement des falaises et des routes s’accélère, les hivers sont imprévisibles, etc…

Le consortium Ouranos a déjà bien documenté le phénomène en 2008, concluant que le recul du trait de côte atteindrait les 80 mètres d’ici 2050 alors que le niveau de la mer pourrait remonter de 40 centimètres et plus autour de l’archipel d’ici un siècle. Ouranos vient d’ailleurs d’annoncer la réalisation d’une nouvelle étude sur les coûts et les avantages de différentes mesures d’adaptation des Îles-de-la-Madeleine aux changements climatiques dont les pouvoirs publics bénéficieront pour mieux orienter leurs décisions. Une étude qui s’ajoutera à celle de Roche-Ropars, remise à la municipalité en 2012, et à celle de Genivar qui sera bientôt déposée au ministère des Transports.

Devra-t-on resserrer la réglementation de zonage et la construction en bord de mer? Par quel moyen pourra-t-on protéger le site historique de la Grave ? Comment pourra-t-on justifier d’éventuels investissements publics sur le site de la pointe de Grande-Entrée et de Havre-aux-Maisons ? La méthode expérimentale de protection des étangs aérés de Cap-aux-Meules sera-t-elle probante ? Que faire pour assurer à long terme l’intégrité du réseau routier ?

En marge de ces grands défis, les bouleversements climatiques continueront de susciter des préoccupations plus immédiates. Si l’abondance des glaces a certes protégé nos falaises cet hiver, la liaison maritime hivernale a été pénible à souhait. La glace retarde par ailleurs le début de la pêche, avec les conséquences négatives que cela risque d’entraîner sur les marchés. Ironie du sort, après des années d’hiver sans glace, même les loup-marins n’ont pas réussi à se frayer un chemin jusqu’à notre archipel.

Et puis il y a eu cette «bombe météorologique» de la fin mars, constituée de fortes chutes de neige, suivies d’un épisode de verglas qui a paralysé les Îles et privé de courant des milliers d’abonnés, certains pendant plusieurs jours. Contrairement au grand verglas de 2012, d’une envergure pourtant incomparable, Hydro-Québec a connu des ratés dans sa gestion des communications et le déploiement des ressources. Il serait trop facile de dire que les corridors maritimes et aériens étaient bloqués. La situation d’insularité étant le facteur-clé de tous les plans d’urgence qui concernent les Îles, on ne peut l’invoquer pour justifier la lenteur des interventions. La Sûreté du Québec a pour sa part démontré de bons réflexes dans sa tournée préventive des sinistrés, avec l’appui précieux des Rangers.

De son côté, la municipalité ne doit pas non-plus faire l’économie d’un bilan sur l’entretien des routes de ce rude hiver. Non pas pour se lancer dans de grandes dépenses en équipement mais bien pour planifier le déploiement optimal des effectifs publics et privés aux îles, en cas de besoin.

La communauté a maintes fois démontré sa capacité de réagir face à l’imprévu. Il faut désormais améliorer le travail de planification et de préparation afin d’atténuer les impacts d’un sinistre, ou d’une tempête, et accélérer le rétablissement de façon la plus autonome possible. C’est un peu cela l’écogestion des risques… en milieu insulaire.

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