Tout ce qui traîne se salit

Par mesure préventive, la plage du Corfu a été fermée pendant le plus clair de l’été en raison de l’écoulement de mazout lourd de l’épave du navire naufragé en 1963. Il s’agit non seulement d’un autre cas où l’insouciance écologique du passé nous rattrape mais également d’un nouvel exemple de l’inaptitude des autorités à corriger aujourd’hui les erreurs du passé.

La pollution venue d’hier menace périodiquement notre quotidien, notre environnement voire notre économie quant elle touche à la notoriété de notre archipel. Les habitués de cette plage spectaculaire ont été privés de leur coin de paradis pendant le meilleur moment de l’année pour jouir de l’endroit. Une partie du mazout a été récupérée tant bien mal, sans que l’on sache trop combien de litres de substance polluante nous a échappé. La couverture médiatique, locale et sobre tout de même, nous a une fois de plus rappelé que la réputation de nos plages ne tient qu’à un fil… de presse.

Malgré le découpage par section du navire qui a fait côte dans une lointaine tempête de décembre, les autorités d’alors n’ont pas cru bon d’investir dans la récupération du fond de l’épave. On sait aujourd’hui que cette décision fut la mauvaise, tant pour la Garde Côtière Canadienne qui n’en finit plus de mener des opérations ponctuelles de nettoyage que pour les Madelinots. Comme le demande formellement la municipalité des Îles, cette erreur doit être corrigée et les restes de l’épave doivent être totalement récupérés. Tout ce qui traîne se salit.

Cette affaire n’est d’ailleurs pas sans rappeler le cas du naufrage de la barge Irving Whale, survenu en septembre 1970, chargée de 4200 tonnes de mazout lourd chauffé par une canalisation truffée de BPC. Le gouvernement fédéral préféra ignorer l’épave pendant 25 ans, attendre le mazoutage d’oiseaux et l’observation de fuites de plus en plus régulières et menaçantes avant de procéder finalement au renflouage à ses frais (42 millions $) en 1996.

Comme si ce n’était pas suffisant, l’enfouissement de 150 à 200 000 sacs de sable contaminé au mazout et aux BPC dans les dunes de l’archipel constitue encore aujourd’hui une hypothèque environnementale plus de quarante ans après les faits. La stratégie de la Garde Côtière à l’égard de ces sacs est, là encore, celle de l’attentisme : on nettoie et on réhabilite les sites d’enfouissement au hasard de leur découverte.

Les études scientifiques prouvent que les BPC se sont depuis longtemps évanouis dans la nature tandis que les amas de sable et de mazout agglutinés dans des sacs de plastique conservent une neutralité certaine tant et aussi longtemps qu’ils ne sont pas libérés et lessivés par la mer. On comprend bien que de creuser dans la dune à l’aveugle comporterait plus de risques, en regard de l’érosion, que d’avantages. Or, les demandes du milieu à la Garde Côtière pour une surveillance continue et coordonnée de la dune du nord et de l’ouest de même que pour la recherche d’une technologie permettant de déceler sans dégâts les sites d’enfouissement sont demeurées sans suite.

Le gouvernement du Québec ne fait guère mieux dans le dossier des puits d’exploration contaminés par la SOQUEM au tournant des années 70. Il y a déjà plus d’un an qu’un citoyen madelinot, Léonard Chevrier, a sonné l’alarme sur les puits contaminés du Sandy Hook sans qu’aucune intervention de décontamination n’ait été entreprise.

Pire encore, c’est par dizaines que les puits d’exploration pour la recherche de pétrole, de potasse et de sel ont été forés aux Îles, avec une possibilité de contamination de surface. À ce jour, ni le ministère des Ressources naturelles ni le ministère de l’Environnement, ni la SOQUEM n’ont dévoilé le nombre précis de puits forés et leur localisation, pas plus que leur plan de match pour intervenir au besoin et rassurer la population.

Personne ne semble d’ailleurs s’en soucier. Devant un tel laxisme, on comprend les environnementalistes de mettre en doute les propos rassurants de ces ministères à l’égard des campagnes de forages tous azimuts autorisées ces derniers temps par le gouvernement Couillard.

En matière d’environnement et de pétrole, un peu de diligence dans le nettoyage des erreurs du passé serait un premier pas pour restaurer la confiance des citoyens quant aux décisions d’aujourd’hui et leurs impacts sur notre avenir.

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