La proposition du Conseil du patronat du Québec d’employer les fonds destinés à soutenir les municipalités dévitalisées pour subventionner la relocalisation des ménages dans les grands centres a soulevé un tollé. Rejetant l’idée du CPQ, le gouvernement confirmait plutôt, quelques jours plus tard, la fin pure et simple du programme d’aide de 50 millions $.
Ainsi va la vie dans le merveilleux monde austéritaire du Québec. Ce plus récent épisode de la tragi-comédie dans laquelle le Québec et les régions sont plongés depuis quelques mois nous révèle certains travers de l’approche gouvernementale actuelle.
Malgré ses tentatives pathétiques de corriger le tir, le CPQ a trahi maladroitement le préjugé que la communauté d’affaires, et plusieurs québécois urbains, entretiennent envers les régions. Des idées reçues qui consistent à voir les régions comme un ensemble indifférencié de communautés sous-scolarisées, plutôt paresseuses, sans ambition et sans avenir. Des BS généralement sympathiques qui coûtent toujours trop cher à l’État pour ce qu’ils peuvent lui rapporter.
Solidarité rurale du Québec, parmi d’autres, a pourtant prouvé, chiffres à l’appui, que les régions contribuent davantage au produit intérieur brut du Québec que ce qu’elles en coûtent. Notons que le gouvernement a depuis coupé les vivres à SRQ sans que le Conseil du patronat ne s’en formalise…
Le mythe de la dépendance économique des régions, et son corollaire qui consiste à en suggérer la fermeture, sont comme des fantasmes économiques qui resurgissent périodiquement. Une illumination d’autant plus commode que les gens d’affaires qui l’adoptent n’en peuvent plus de cette propension des ruraux à vouloir protéger leur territoire contre des projets de «développement économique» et d’exploitation de tout acabit. Comble de l’ironie, cette proposition de subventionner la fermeture des régions se faisait dans le cadre d’une commission parlementaire sur le développement durable.
Une telle suggestion du Conseil du patronat ne peut être dissociée du contexte actuel de crise des finances publiques qu’entretien le gouvernement pour mieux faire avaler la pilule de l’austérité. Le gouvernement n’a-t-il pas dit à plusieurs reprises que tout est sur la table, qu’il n’y avait pas de vaches sacrées ? Le CPQ, qui appuie indiscutablement l’approche gouvernementale actuelle, a donc péché par excès d’optimisme. Sa bourde est une dérive idéologique néanmoins issue du discours comptable du gouvernement.
Devant le tollé, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a rejeté du revers de la main la recommandation du Conseil du patronat. Quelques jours plus tard, son ministère confirmait toutefois le non-renouvellement du fonds d’aide aux municipalités dévitalisées. Les critiques formulées suite à cette contradiction apparente ont incité le ministre à préciser ses intentions.
Aujourd’hui, le ministre Moreau parle de l’obligation pour l’État de soutenir les régions et l’occupation du territoire, d’aider les municipalités à «réaliser des projets». La révision des programmes en cours consiste selon lui à permettre de «moderniser les façons de faire».
Dans le langage gouvernemental, au fédéral comme à Québec, la modernisation des politiques et des programmes est généralement un euphémisme pour rationaliser les dépenses et réduire le rôle de l’état. Si l’on veut bien lui donner le bénéfice du doute, la nouvelle approche gouvernementale de développement régional souffre pour l’instant d’un vice de forme majeur : elle exclut les régions !
En effet, les décisions gouvernementales sont prises de façon autoritaire, sans consultations et sans aucune étude d’impact. Sans avoir fait le bilan des mesures passées, souvent ponctué de grandes réussites. Comme son collègue Gaétan Barrette au ministère de la Santé, le ministre Moreau pratique la politique de la terre brûlée en abolissant les structures et les instances de concertation et de développement, sans expliquer, ou sans savoir ( ?) comment on fonctionnera à l’avenir. On efface tout et on recommence, pressé de couper d’abord pour réfléchir ensuite, en invoquant la raison d’État.
Le ministre Moreau parle de son intention de travailler en partenariat avec les élus locaux, mais sans les mettre dans le coup. Et sans jamais parler de la population des territoires, de la société civile et des collectivités. Il s’agit d’un glissement fondamental et risqué.
Ce discours tranche avec la philosophie qui avait permis la mise en place de la Politique nationale de la ruralité (2002), du Plan d’action à l’intention des municipalités dévitalisées et de la loi sur l’occupation des territoires (2008). Ces initiatives étaient présentées comme des chantiers collectifs, élevés au rang de priorité nationale. Le succès de ces initiatives devait reposer sur la mobilisation de tous les milieux, en particulier des acteurs sur le terrain.
Quoi qu’en pense le ministre, le développement régional ne peut reposer que sur les seules épaules des élus locaux. La force de nos milieux ruraux repose sur la concertation et l’engagement des divers acteurs socio-économique. Il faudra tôt ou tard le réaffirmer.
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Entretemps, chaque semaine continue d’apporter son lot de mauvaises nouvelles. Le Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes (CERMIM) perd 25% de son budget en raison de l’abolition de la CRÉ et des coupes à l’UQAR. Après la mise à pied de son seul chercheur à temps plein, le Centre se cherchera un nouveau mandat et de nouveaux bailleurs de fonds. On peut penser que l’organisme Escale Iles-de-la-Madeleine vivra bientôt le même genre de difficultés. Les organismes culturels ont déjà signifié leur désarroi.
De son côté, la Table jeunesse s’inquiète quant au financement des mesures d’attraction et de rétention mises en place ces dernières années avec un succès certain. Si les jeunes en viennent à douter de leur place dans l’avenir des Îles, cela augure des jours bien sombres pour l’archipel.
