Alors qu’un conflit de travail sans précédent afflige le transport maritime aux Îles, l’archipel se trouve confronté à une réduction considérable de l’offre en transport aérien. Les difficultés financières que rencontre le transporteur Pascan aviation font craindre que les Madelinots ne se retrouvent bientôt plus insulaires que jamais.
Pascan a donc réduit son offre de trois vols quotidiens en semaine à un seul, tout en abandonnant le service les fins de semaine. De plus, le transporteur ne desservira plus l’aéroport de Mont-Joli. En substituant plusieurs vols de ses petits appareils par un seul aller-retour par jour avec un ATR-42 de 39 places, l’entreprise cherche à économiser sur les salaires, les frais d’opération et d’atterrissage. Quelques employés madelinots en subissent malheureusement les contrecoups. Bien que le nombre de sièges offerts demeure à peu près équivalent les jours de semaine, la réduction de service est bien réelle. Pour les Madelinots, l’accès à la Baie-des-Chaleurs et au Bas-Saint-Laurent deviendra moins pratique, plus long et plus couteux.
Il faut néanmoins souhaiter que le plan de rationalisation du transporteur aérien lui permette de renouer avec la rentabilité. Dans le cas contraire, les îles se retrouveraient à nouveau plongées dans une situation de monopole en transport aérien, comme à l’époque de la faillite d’InterCanadien, en 1999. Une réduction conséquente de la fréquence des vols et du nombre de sièges provoquant la hausse du prix des billets deviendrait dès lors une perspective réaliste et inquiétante.
Seize années de turbulences
Les difficultés en matière de transport aérien en régions découlent directement de la déréglementation des années 1980. Le retrait du gouvernement fédéral pour laisser place à la libre concurrence et à l’entreprise privée ne pouvait que bénéficier aux marchés lucratifs des grandes villes et de certains pôles économiques. La faillite de Canadien et de son partenaire régional InterCanadien a permis de consolider la domination d’Air Canada, sans toutefois consolider les dessertes régionales, bien au contraire.
C’est ainsi que les Québecair express, Air Labrador et autres transporteurs régionaux ont tenté sans grand succès de se forger une niche, face à Air Canada qui n’a jamais lésiné sur les moyens de leur faire mordre la poussière. Il y aussi toutes ces études de faisabilité sur la prise en charge du transport aérien par les communautés qui n’ont jamais été concluantes et tous ces projets d’entreprises qui n’ont jamais décollé… Entretemps, Pascan a réussi à se développer grâce à une stratégie d’affaires prudente, une croissance graduelle, aujourd’hui freinée par l’échec du Plan nord.
Soutenir les transporteurs ou les régions?
La situation actuelle s’apparente aussi à celle que le Québec a connue en 2003, alors qu’Air Canada a voulu abandonner certaines dessertes régionales, dont l’aéroport de Mont-Joli. Le gouvernement provincial de l’époque a même consenti une subvention de 2,5 millions $ par année au transporteur afin qu’il maintienne ses services en régions.
Au terme de l’entente de trois ans, Air Canada n’a plus voulu renouveler cet engagement envers les régions, préférant se garder toute la latitude décisionnelle en matière de desserte régionale. Le gouvernement libéral de l’époque a consulté les régions avant de mettre en place un programme de soutien au transport aérien régional doté d’un budget d’études et d’infrastructures, de même qu’un fonds d’urgence en cas d’interruption de service par un transporteur privé. De plus, les représentations faites par les élus régionaux ont alors permis d’obtenir une bonification majeure du Programme de réduction des tarifs aériens dont les Madelinots bénéficient encore aujourd’hui.
La philosophie de ces deux programmes était alors de soutenir les communautés et les résidents des régions plutôt que de financer les transporteurs. Cette approche demeure encore aujourd’hui garante de meilleurs résultats.
Que faire ?
En réaction à l’annonce de Pascan Aviation, la municipalité des îles a publié un communiqué au nom du «Forum des partenaires». Outre l’énumération des nombreuses conséquences négatives qu’une réduction de service risque d’entraîner, on y affirme la nécessité de revoir le modèle de desserte aérienne pour les Îles en implorant l’accompagnement des deux paliers de gouvernement.
Il est pour le moins étonnant que ce soit le Forum des partenaires – sans reconnaissance formelle par la municipalité, sans modalités de fonctionnement connues et sans description de mandat – qui se prononce sur l’enjeu du transport aérien. Une commission consultative sur le transport existe pourtant au sein de la municipalité, mais on ne sait trop si elle se réunit encore.
Si le Forum des partenaires est appelé à jouer un rôle de gouvernance important aux Îles, à l’instar de la défunte CRÉ dans la région, il faudrait non seulement circonscrire ce rôle pour lui accorder une légitimité politique mais en identifier les porte-paroles et, surtout, assurer la tenue de rencontres publiques permettant à la population de comprendre qui dit quoi au nom de qui. Cela est d’autant plus capital qu’un appel est lancé aux instances politiques provinciales et fédérales au nom de la communauté. Quant à la révision du modèle de desserte aérienne évoqué, on n’en sait guère plus.
Une intervention gouvernementale ?
Il est peu probable que le gouvernement fédéral n’intervienne de quelque façon que ce soit dans la desserte aérienne. Les demandes ont été nombreuses depuis 25 ans et les réponses invariablement négatives. S’il est un aspect où il doit cependant agir, c’est dans la mise aux normes des équipements de l’aéroport et l’allongement de la piste. Or, à 5 mois des élections fédérales, la municipalité n’a toujours pas réitéré formellement, par voie de résolution, sa demande pour l’allongement de la piste. L’occasion est pourtant belle alors que le budget fédéral du mois dernier prévoit un montant de 204 millions $ pour l’amélioration des aéroports fédéraux.
Quant au gouvernement Couillard, les signaux ne sont guère plus encourageants. Ce gouvernement apparaît viscéralement non-interventionniste en matière économique, comme le démontre son empressement à sabrer les structures, les programmes et les budgets en développement régional, pour mieux diminuer la taille de l’État. Il a notamment commencé à réduire en douce le Programme de réduction des tarifs aériens, éliminant le montant forfaitaire de 200$ versé aux Madelinots pour un déplacement hors Québec. Les leaders du milieu n’ont d’ailleurs pas réagi à cette coupure, comme dans la plupart des décisions rendues par le gouvernement qui désavantagent la région en matière de développement ou de gouvernance. D’autre part, Pascan a sollicité sans succès le soutien de Québec depuis un an.
La tenue d’un débat public sur le transport aérien aux Îles et la remise sur pied du comité de transport aérien régional par Québec constituent les premières étapes à franchir afin d’envisager des pistes de solutions.
