Ce qu’il y a de bien avec l’accession au pouvoir des libéraux de Justin Trudeau, c’est qu’en ce début de mandat, tous les espoirs sont permis. Par exemple, la nomination du cabinet des ministres a été précédée d’une effervescence contagieuse jusque dans notre région. Le suspense ne nous aura pas déçu avec la nomination de la nouvelle députée Diane Lebouthillier comme ministre du Revenu national.
Cette nomination est sans contredit une excellente nouvelle pour les Gaspésiens et Madelinots. Si le discours du premier ministre se veut porteur de changement, son premier geste l’est tout autant avec l’accession de plusieurs Québécois, dont la députée gaspésienne, au sein du pouvoir exécutif. On ne peut désormais qu’espérer que la très grande distance qui s’était créée entre nos préoccupations régionales et les cercles du pouvoir fédéral s’estompe enfin.
L’expérience en politique municipale de Mme Lebouthillier, son appartenance régionale et le fait qu’elle soit une femme – parité oblige – sont sans doute les facteurs qui ont favorisé l’accession de Mme Lebouthillier au cénacle des décideurs. Première femme à devenir députée fédérale de notre circonscription, Mme Lebouthillier devient aussi la première à accéder à un poste ministériel. Dans notre histoire récente, seul Rémi Bujold avait brièvement accédé à un poste de ministre, celui du Développement régional, avant la cuisante défaite libérale de 1984. L’ex-député Georges Farrah avait quant à lui obtenu le titre de secrétaire parlementaire.
Une porte d’entrée
Le portefeuille qu’obtient Mme Lebouthillier, le Revenu national, n’est bien sur pas le plus important ni le plus prestigieux au sein du cabinet. On peut parler d’un ministère «junior», incontournable certes, mais dont la fonction rejoint rarement les préoccupations pressantes du public. En cela, ce poste ministériel constitue une porte d’entrée parfaite pour la nouvelle élue qui devra simultanément faire ses classes comme parlementaire fédérale, comme représentante des aspirations de ses concitoyens dans une circonscription si vaste et éloignée, et bien entendu comme ministre. Titulaire d’un ministère sans toutefois être sous les feux de la rampe au quotidien d’un océan à l’autre, Mme Lebouthillier disposera donc de ressources importantes pour effectuer son travail, mais aussi d’un peu de temps pour parfaire l’élaboration des dossiers régionaux prioritaires et en assurer un suivi serré.
En clair, la voix des Gaspésiens et des Madelinots pourra désormais se faire entendre au sein même du cabinet fédéral, ce qui est pour le moins inhabituel. Mme Lebouthillier aura le privilège de porter directement à l’attention des ministres concernés, au jour le jour, l’ensemble des préoccupations de ses commettants, qu’il soit question de transport, des pêches, de développement économique régional, de l’assurance-emploi, d’environnement, etc.
Autres ministères
Les nominations à quelques autres ministères sont aussi de la plus haute importance quant aux enjeux de notre région. Aux Transports, notamment, la nomination du québécois Marc Garneau est de très bon augure. Parlementaire d’expérience et poids lourd du gouvernement, M. Garneau est le mieux placé pour confirmer une bonne fois pour toutes l’engagement du fédéral à conserver la propriété du port de Cap-aux-Meules, assurer son entretien à long terme et favoriser son développement. Il est aussi celui qui peut et doit entamer le processus d’acquisition d’un nouveau navire pour assurer la desserte avec l’Ile-du-Prince-Édouard, et ce 12 mois par année. Il est également celui qui peut entreprendre enfin l’allongement de la piste de l’aéroport de Havre-aux-Maisons, un engagement phare de Mme
Lebouthillier.
Aux Pêches et Océans, le choix du député du Nunavut, Hunter Tootoo, pourrait s’avérer intéressant pour les Madelinots, particulièrement en regard de l’industrie du loup-marin. Les peuples du Grand Nord canadien sont depuis longtemps des alliés objectifs des chasseurs de phoques madelinots. Quant aux nombreuses questions liées aux pêches, dont l’accès à la ressource et les moratoires sur le poisson de fond, le ministre Tootoo sera peut-être le mieux placé pour poser un regard objectif sur la situation des pêches dans le golfe St-Laurent et gérer les arbitrages interprovinciaux de façon plus équitable que ce qu’on a déjà connu dans le passé.
Quant aux ministres de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail, Maryam Myhichuck, des Ressources naturelles, James Gordon Carr, de l’Environnement, Catherine Mckenna et de l’infrastructure et des Collectivités, Amarjeet Sohi, l’actualité aura tôt fait de nous indiquer s’ils deviendront des alliés de nos régions.
Particularités insulaires
Notre député ministre le saura d’ailleurs bien avant nous. Sa présence au sein du cabinet n’est pas en soi une garantie de prospérité pour la région. La députée ministre à néanmoins plusieurs leviers à sa disposition pour s’assurer que les orientations et décisions à venir du gouvernement prennent les intérêts de notre région en ligne de compte. Les Madelinots auront le défi supplémentaire de rappeler à la députée-ministre que les intérêts de la Gaspésie ne sont pas systématiquement ceux des Îles-de-la-Madeleine et qu’elle devra prendre en compte les particularités de l’archipel.
Pendant la campagne électorale, Mme Lebouthillier a cherché à convaincre les électeurs de voter du côté du pouvoir. Ambitieuse, mais réaliste, elle ne pensait sans doute pas elle-même en obtenir autant si rapidement. Dans le nouveau mandat qu’elle entame, son plus grand défi sera de gérer les attentes, extrêmement élevées qu’elle et son parti ont suscitées. «Sunny ways» a déclaré le premier ministre Trudeau dans son discours de la victoire du 19 octobre, citant l’ancien premier ministre Wilfrid Laurier. À défaut de nous promettre la lune, on nous a promis des voies ensoleillées… En attendant les incontournables temps orageux de l’exercice du pouvoir, tous les espoirs sont encore permis.