Services aériens: En attendant le sommet

 

Si on a beaucoup parlé des infrastructures aéroportuaires ces derniers temps, c’est que le transport aérien, tout comme le transport maritime, demeure un enjeu crucial de la vie insulaire. L’accès au territoire – régulier, sécuritaire et à prix abordable – restera toujours la pierre angulaire du développement socioéconomique de l’archipel.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a évoqué cet état de fait en annonçant la tenue d’un sommet sur le transport aérien en région, la semaine dernière. Le ministre souhaite non seulement améliorer l’accès aux régions du Québec, mais il a aussi signifié sa volonté de trouver des moyens de réduire le prix exorbitant des billets d’avion. Si les objectifs sont nobles, la démarche est peu convaincante et les résultats pour le moins incertains en regard des attentes suscitées.

Une priorité ?

L’annonce même du sommet laisse perplexe à plusieurs égards. Il se tiendra à l’automne ou printemps prochain, à tout le moins au cours de la prochaine année, assure-t-on. Aucune date d’établie pour un sujet dont on prend soin de signaler le caractère prioritaire pour le gouvernement. Cela sent l’improvisation. Comme si on cherchait à gagner du temps devant l’impatience grandissante des régions.

L’idée même du sommet laisse quelque peu sceptique quand on sait que le gouvernement a abandonné depuis quelques années le comité de concertation sur le transport aérien régional composé de représentants politiques et économiques régionaux. De plus, le Forum permanent sur le transport aérien, regroupant tous les acteurs de l’industrie, semble lui aussi en dormance. Après avoir boudé les instances consultatives qu’il avait lui-même mises en place, il ne serait pas étonnant que le gouvernement conclue l’exercice en affirmant la nécessité d’une instance-conseil en matière de transport aérien. Bien qu’ironique, une telle mesure permettrait à tout le moins au gouvernement d’effectuer un suivi de la réalité instable du transport aérien en région.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est clairement pas le ministre des Transports, Jacques Daoust, qui pilote le dossier, mais bien le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand. Ce sommet s’inscrit dans le cadre de la relance du Plan Nord et non pas dans une approche plus vaste de développement régional. Ce n’est apparemment pas tant le désenclavement des régions que l’exploitation des ressources naturelles qui semble motiver le gouvernement. Pour l’archipel et l’est du Québec, cela n’est pas forcément de bon augure.

Les enjeux

Aux Îles, la problématique des services de transport aérien est connue et abondamment documentée. Les principaux enjeux sont la fréquence des vols, le nombre de sièges quotidiens disponibles, le transport cargo, et bien entendu les tarifs élevés. Dans l’archipel, le commun des mortels n’a tout simplement plus les moyens de voyager par avion. À moins de bénéficier des points bonis d’un programme de fidélisation, ou de se faire payer un aller-retour par un son employeur, les prix affichés réguliers affichés par les transporteurs aériens confinent les insulaires à l’enclavement. Le remboursement de 30% prévu au programme gouvernemental de réduction des tarifs aériens facilite les déplacements essentiels ou urgents, mais il conforte en même temps la stratégie tarifaire des transporteurs.

Sans doute porté par l’enthousiasme du moment, le ministre Arcand a déclaré dans les médias que le transport aérien est trop important pour être laissé aux lois du marché. Cette affirmation est surprenante venant d’un ministre dont le gouvernement a entrepris la réduction tous azimuts du rôle de l’État, notamment dans un secteur aussi névralgique que la santé. Cette approche détonne également par rapport au laisser-faire traditionnel des deux paliers de gouvernements depuis la privatisation d’Air Canada en 1988, puis de la faillite d’Inter-Canadien une douzaine d’années plus tard. Il sera pour le moins intéressant de savoir ce que le ministre a en tête lorsqu’il laisse ainsi entendre que les gouvernements doivent intervenir.

Un nouveau modèle

Surtout qu’on est toujours sans nouvelle de la demande soumise par la municipalité des Îles pour un projet-pilote de transport aérien dans l’archipel, à prix abordable, subventionné à hauteur de 4 millions de dollars. Tant le maire Lapierre que le député Chevarie sont demeurés discrets sur la question depuis le dépôt médiatisé de la demande, en mai 2015. Le projet était alors présenté comme le point de départ d’un nouveau modèle en matière de transport aérien.

Maintenant que le dossier du transport aérien en régions suscite enfin l’attention du gouvernement, on peut penser que toutes les régions réclameront un nouveau modèle et le soutien financier conséquent de l’État. Une voie passablement coûteuse pour un gouvernement qui comprime ses dépenses en promettant de baisser les impôts. À moins que le gouvernement ne choisisse de ne soutenir qu’un projet aux Îles, sous le parapluie de la particularité insulaire…

S’il veut véritablement agir, à tout le moins sur le plan politique, le gouvernement pourra s’appuyer sur les travaux du professeur à l’École de gestion de l’UQAM, Mehran Ebrahimi. Le chercheur soutient non seulement que les pratiques tarifaires d’Air Canada étranglent les régions sur le plan économique, mais que le transporteur a, au contraire, l’obligation de soutenir leur développement. Une thèse qui mérite d’être approfondie et développée par les représentants des régions d’ici la tenue du sommet.Capture d'écran 2015-09-28 09.10.01

 

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