Le passage aux Îles du collectif Faut qu’on se parle a donné aux Madelinots l’opportunité de s’exprimer et d’échanger sur plusieurs thèmes d’importance pour l’avenir du Québec comme l’éducation, la santé et l’environnement, dans un cadre non partisan. Au-delà de toutes les bonnes idées et suggestions exprimées lors de cette tournée, par définition éphémère, l’idée même qu’il «faut qu’on se parle» est peut-être la plus importante à retenir.
Il faut qu’on se parle non seulement de l’avenir du Québec, mais d’abord, et surtout, du présent et de l’avenir de notre archipel. L’un ne va d’ailleurs pas sans l’autre. Penser globalement, et agir localement, dit-on. Mais pour agir, pour s’engager comme citoyen, il faut être informé, mobilisé et sentir que notre contribution peut faire la différence dans un projet de société à l’échelle de la communauté.
Paradoxalement, le débat public et la parole citoyenne n’ont jamais été si peu présents que depuis l’explosion des moyens et des plateformes de communication. Il faut dire que ni les médias traditionnels ni les réseaux dits sociaux ne permettent d’engager un véritable dialogue social. Cela vaut pour le Québec comme pour l’archipel. À la différence que dans une communauté locale comme la nôtre, il surement encore possible de faire autrement.
Se parler de quoi ?
Ce ne sont d’ailleurs pas les sujets de discussion qui manquent de nos jours dans l’archipel. Développement économique, avenir énergétique, environnement, transports, érosion des berges, préservation du patrimoine, déclin démographique ; les enjeux sociaux et les défis collectifs ne manquent pas. Ces sujets ponctuent certes l’actualité, mais quand a-t-on l’occasion de s’en parler, véritablement, ensemble ?
Le plus souvent, la communication est unidirectionnelle. Ici comme ailleurs, l’information circule du haut vers le bas. Elle provient des porte-parole, des représentants, des spécialistes et des élus. Non sans une certaine complaisance, les uns se félicitent de leur bilan, les autres se disent confiants face aux orientations retenues. La frontière entre l’information institutionnelle et la propagande est de plus en plus floue. En politique, tout particulièrement, on assiste au retour en force d’un certain paternalisme où l’argument d’autorité laisse de moins en moins de place à la nuance, voire aux faits. Dans l’espace public, il y a relativement peu de place à la diversité de point de vue. Et encore moins aux opinions minoritaires ou issues d’une réflexion citoyenne.
Il ne faut pas, dans ces conditions, s’étonner de la démission d’une bonne partie de la population face aux enjeux sociaux. Les consultations publiques formelles, les rencontres publiques d’information formatées atteignent rarement des taux de participation plus que marginaux. Ce n’est pas toujours le cynisme qui mène au recul de l’implication citoyenne. Plusieurs peuvent aussi éprouver le sentiment que leur opinion ne sera pas réellement prise en compte, que les dés sont pipés, que leur point de vue ne compte pas. Puisque les médias se chargeront bien de rapporter les propos officiels, pourquoi alors se déplacer ? Il y a bien d’autres moyens d’occuper ses temps libres sans avoir l’impression de perdre son temps.
Un forum citoyen ?
L’organisation politique, sociale et médiatique laisse généralement peu de place à la parole citoyenne, en amont des décisions. C’est pourquoi il y aurait lieu d’imaginer un espace pour le dialogue entre citoyens, un lieu d’échange et de convergence, un forum populaire ouvert à la participation de tous.
Il faut qu’on se parle, mais pas juste une fois, quand les planètes sont bien alignées. L’instauration d’un dialogue permanent, d’une discussion ouverte, animée, intersectorielle et constructive représente un défi, certes, mais pas entièrement hors d’atteinte.
Si les divers enjeux de développement nous concernent tous, comme on l’entend si souvent, comment peut-on assurer une vaste diffusion de l’information, de manière horizontale, capable de générer une véritable conversation élargie et une responsabilisation collective ? L’idée d’un forum citoyen explorant tour à tour chacune des grandes problématiques régionales mérite d’être approfondie. Ouvert à tous et non partisan, un tel espace devrait aspirer à combler un certain déficit démocratique inhérent aux institutions publiques dont on peut trop souvent déplorer l’hermétisme et le manque de transparence.
La libération de la parole citoyenne constitue la première étape d’une remise en marche de la société civile en quête de sens et désireuse de jouer un rôle dans le devenir de notre archipel.
Il faudra qu’on s’en reparle.
