Loup-marin : La chasse absente au rendez-vous

Pour une neuvième année, les Madelinots ont fièrement fêté tout ce qui entoure le loup-marin lors du Rendez-vous loup-marin 2017: la gastronomie, les produits dérivés, les chasseurs, la tradition! Pour la neuvième année, il n’y a eu pratiquement aucune chasse autour de l’archipel, les retombées économiques sont demeurées marginales, les loups-marins ont proliféré et, pour couronner le tout, le fédéral s’apprête à réduire radicalement les quotas de chasse.

Le contraste entre cette célébration de la symbolique du loup-marin pour les Îles et la réalité économique, sociopolitique et environnementale vécue sur le terrain est saisissant ! Démonisée par les animalistes, mise à genou par les embargos, limitée par les gouvernements et les bouleversements climatiques, il plane sur la chasse aux loups-marins une menace bien réelle de folklorisation.

Un travail en partenariat

L’objectif n’est évidemment pas ici de critiquer cette volonté de mettre en valeur le loup-marin, ses produits dérivés et les tenaces artisans qui s’y consacrent. Les repas gastronomiques sont exquis, les objets d’arts de grande qualité, les hommages aux pionniers bien sentis. Mais en marge des festivités, n’y a-t-il pas lieu de s’indigner au moins un peu de ce qui nous arrive ? Pour paraphraser le titre d’un film choc présenté justement lors du Rendez-vous loup-marin, n’y a-t-il que l’Inuk qui soit en colère ?

La chasse commerciale a été réduite à néant par les lobbys anti-chasse et les embargos économiques. L’absence de glace détourne le phoque du Groenland de nos rives. Chaque initiative de relance se retrouve plombée par un cadre réglementaire trop strict ou inadéquat. L’appui des gouvernements reste timide et ponctuel. Pendant ce temps, la population de phoques explose et accentue la prédation sur les espèces de poisson de fond, dont la morue, au détriment des pêcheurs.

À quand un rendez-vous socio-économique sur le loup-marin ? À quand un engagement réel, soutenu et cohérent des deux paliers de gouvernement envers la communauté, les chasseurs et l’industrie ? À quand un travail de partenariat entre les scientifiques du gouvernement, les gestionnaires de la ressource, les fonctionnaires à l’environnement, au développement économique et les chasseurs, les pêcheurs et les promoteurs locaux ? À quand le développement d’une grappe industrielle composée de partenaires économiques qui inclue la récolte, la première et la deuxième transformation des produits du phoque et sa mise en marché ?

Une industrie ?

Par habitude, sans doute, nous avons tendance à parler aux Îles des grandeurs et misères de l’industrie du loup-marin. Force est pourtant d’admettre qu’une telle industrie, localement, est une vue de l’esprit. Avouons-le, la ressource loup-marin ne génère plus, de façon autonome, aucune retombée économique significative dans la communauté. Au mieux, cela constitue un projet en devenir.

On a beaucoup parlé des embargos économiques sur les produits du phoque, mais le principal frein au développement d’une industrie du loup-marin réside aujourd’hui dans les difficultés d’approvisionnement et la capture de l’animal. On ne parle d’ailleurs plus guère du phoque du Groenland, alors que les conditions instables de glaces n’ont pas permis de chasse commerciale depuis près de 10 ans. Les espoirs des promoteurs d’une industrie du phoque aux Îles se fondent aujourd’hui sur le phoque gris, une espèce sédentaire, relativement abondante et nuisible à l’écosystème marin et à la pêche. Or, le plus important refuge du phoque gris, l’Ile Brion, reste interdit d’accès aux chasseurs.

Dans ces conditions, pour espérer l’établissement d’une industrie basée sur la transformation intégrale de l’animal, et créatrice d’emplois, ne faudrait-il pas impérativement favoriser la capture et garantir un accès à la ressource ?

En mode solution ?

Sur le plan provincial, le gouvernement réitère certes son appui aux efforts des promoteurs de l’industrie du phoque, mais son soutien effectif demeure limité et largement insuffisant. En outre, l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec comme l’Office de gestion du phoque de l’Atlantique se retrouvent sans le sou depuis quelques semaines.

Plus troublant encore, alors que le ministère de l’Économie apporte son soutien au projet de transformation de Total Ocean, le ministère de l’Environnement verrouille à double tour l’accès au vaste troupeau installé à la Réserve écologique de l’Ile Brion et impose de lourdes amendes aux chasseurs qui s’y sont aventurés sans autorisation l’année dernière. Si le financement d’une expédition scientifique de chasse au Corps-Mort s’avère un pas dans la bonne direction, le sort qui sera réservé à la pétition réclamant une modulation des limites l’accès à l’Ile Brion sera le véritable test de la volonté gouvernementale d’appuyer ou non les chasseurs locaux.

Pour sa part, le gouvernement fédéral marche sur des œufs dans le dossier du loup-marin depuis les années 1980. L’abolition de la chasse aux blanchons, la surveillance outrancière des chasseurs et les timides prises de positions politiques n’en sont que quelques exemples. Les négociations d’ententes de libre-échange n’ont jamais considéré l’injustice et l’iniquité des embargos contre les produits du phoque, notamment lors du récent accord commercial avec l’Europe. On ne pourra faire de véritables gains tant et aussi longtemps que la chasse aux phoques sera considérée par le gouvernement comme une espèce de brebis galeuse.

Il y a quelques jours, on apprenait que les scientifiques du gouvernement fédéral recommandent une réduction de moitié des quotas de chasse au phoque gris, à la faveur d’un nouveau mode de recensement de l’espèce. Pourtant, plusieurs rapports indiquent la nécessité de diminuer massivement l’ampleur du troupeau en raison du déséquilibre environnemental qu’il provoque.

Au moment d’écrire ces lignes, le comité consultatif sur le poisson de fond du Golfe discute justement de la prédation des poissons par les phoques. En fin de compte, il appartiendra au ministre des Pêches et Océans, Dominic Leblanc, de trancher. Sera-t-il au rendez-vous ?

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