Budgets: Grandes orientations politiques et électoralisme

 

Les budgets de nos gouvernements se suivent, mais ne se ressemblent pas. Celui du gouvernement du Québec, présenté mardi, tranche avec celui du fédéral de la semaine dernière, mais également avec ceux qu’il a lui-même adoptés depuis son accession au pouvoir en 2014.

Dans le cas du budget Morneau, les observateurs conviennent en général qu’Il s’agit davantage d’un document d’orientations politiques du gouvernement fédéral, présenté à la manière d’un discours du trône, que d’un ensemble de mesures fiscales ou économiques que l’on retrouve habituellement dans un budget. On retient que le gouvernement fédéral veut promouvoir l’innovation, favoriser la formation de la main-d’œuvre et soutenir le renouvellement des infrastructures, sans trop en préciser les détails. On note également un déficit de 23 milliards et l’absence d’un plan de rétablissement de l’équilibre budgétaire.

Assurance-emploi

Le fédéral n’abolit pas complètement la réforme de l’assurance-emploi du gouvernement Harper, comme il s’y était engagé, et n’annonce aucune mesure pour combler la période du «trou noir». Après avoir réduit le délai de carence à une semaine, il accorde néanmoins une prestation aux proches aidants et maintiendra les prestations aux travailleurs qui s’inscrivent à un programme de formation.

Aux Îles, on retiendra de positif la légère hausse du budget d’investissements dans les ports pour petits bateaux, mais également l’incertitude quant au sort de l’aéroport. D’une part, le projet d’allonger la piste de l’aéroport de Havre-aux-Maisons a-t-il été rejeté par le ministre Garneau, l’été dernier, mais le fédéral étudierait la possibilité de privatiser les aéroports du pays. Il faudra faire preuve de vigilance.

Déçu de l’absence d’engagement précis du fédéral sur des projets d’infrastructures le gouvernement du Québec procédait cette semaine à la présentation de son propre budget.

Réparer les pots cassés

Après trois années d’austérité, le gouvernement Couillard s’est constitué un surplus budgétaire qu’il peut maintenant distribuer à sa guise, en tentant tant bien que mal de réparer les pots cassés. Le florilège de mesures pour tout et tous, ciblées, voire clientélistes, contraste grandement avec l’exercice budgétaire du fédéral. Il s’agit d’un budget électoraliste, clairement destiné à faire oublier les compressions sans précédent opérées depuis 2014 dans la santé, l’éducation, le développement régional et les services gouvernementaux en général, résolument tourné vers l’échéance électorale de 2018.

Cela étant, les intervenants du secteur de l’éducation, et les parents, se réjouiront des investissements supplémentaires annoncés dans pour le soutien direct aux élèves. Les réinvestissements ne permettent pas de recouvrer les pertes des dernières années, mais les budgets couvrent la progression des coûts de système, ce qui n’est pas le cas en santé.

En effet, la hausse de budget de 4,2% consentie à la santé et aux services sociaux ne signifie pas que la marge de manœuvre financière des CISSS sera plus grande ou qu’on rétablira les postes budgétaires qui ont subi des compressions. Rien n’indique par exemple que le déficit structurel du CISSS des Iles pourra être résorbé, ou que le réseau sera davantage en mesure de pallier la découverture dans certaines spécialités. Quant au Programme de soutien aux organismes communautaires, l’effet sur le terrain de la hausse annoncée sera marginal.

Les Îles, région insulaire et éloignée

Le budget comporte certes de bonnes nouvelles pour les Madelinots, avec au premier chef le retour des Îles comme région désignée éloignée, Zone A, aux fins de crédit d’impôt. Cette mesure, susceptible de remettre plusieurs de centaines de dollars dans les poches des résidents Madelinots, répond à la croisade du Madelinot, Marcel Leblanc, qui réclamait le depuis quelque temps rétablissement de cette mesure abolie discrètement au début des années 1990. Il reste à souhaiter que le fédéral emboîte maintenant le pas au gouvernement du Québec. Notons que les Madelinots pourront aussi réclamer un crédit d’impôt pour les frais de voyage occasionnés par l’éloignement dans le cadre d’un emploi.

La décision du gouvernement de bonifier ses budgets pour prévenir l’érosion côtière sevrait par ailleurs bénéficier également aux résidents de l’archipel. Il est heureux que Québec dépasse le stade du financement des études pour permettre la réalisation de projets d’adaptation et d’atténuation des effets de l’érosion côtière, dont la construction d’ouvrages de protection. 45 millions $, c’est bien peu pour plus 3000 km de côtes, mais il faut bien débuter quelque part.

Stratégie maritime, pêches et transport

Le gouvernement annonce son intention d’intensifier son soutien financier aux projets qui associés à la Stratégie maritime, dont les retombées aux Îles tardent à se concrétiser. Il faudra voir si le remplacement de la grue-portique de Cap-aux-Meules ou le remplacement du navire de la CTMA, Le Vacancier, pourront s’inscrire dans d’éventuels plans d’investissements.

Quant au Centre d’intervention d’urgence en mer, maintenant appelé Centre d’expertise en gestion des risques d’incidents maritimes aux Îles-de-la-Madeleine (CEGRIM), il semble maintenant probable qu’il se concrétisera au cours de la prochaine année. Annoncé il a plus de deux ans avec un budget famélique, le gouvernement semble maintenant déterminé à le voir naître en y accordant un budget conséquent de 9,5 millions $ sur trois ans.

Il est assez rare que le gouvernement porte une attention particulière au secteur des pêches lors du dépôt du budget annuel. Il faudra voir si le financement annoncé d’initiatives totalisant plus de 54 millions de dollars pour les pêches et l’aquaculture constituent de l’argent frais en appui à cette industrie qui demeure le pilier de notre économie.

Les annonces dans le secteur du transport touchent principalement la région métropolitaine de Montréal. Le gouvernement continue de faire la sourde oreille aux demandes pour un réinvestissement dans les routes municipales, dont une demande de 7 millions uniquement pour l’archipel. En ce qui a trait aux projets d’infrastructures portés la municipalité des Îles, c’est dans les mois qui viennent qu’on en saura davantage. Comme quoi il n’y a pas que le gouvernement fédéral qui nous laisse parfois languir en matière d’infrastructures.

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