L’archipel parmi les villes les plus pauvres ?

CFIM rapportait cette semaine que l’archipel occupe la sixième position du palmarès des villes les plus pauvres du Québec. Le problème avec cette «nouvelle», tirée du Journal de Québec et relancée périodiquement sur les réseaux sociaux, c’est qu’elle remonte à l’été 2015. Paradoxalement, cela ne veut pas dire pour autant que la nouvelle soit fausse ou qu’ils s’agissent de faits alternatifs, bien au contraire.

Sur le plan de l’information, l’anecdote nous permet une fois de plus de mesurer à quel point il est important de vérifier l’origine, la crédibilité et la date de production des nouvelles dont nous abreuvent les réseaux Facebook, Twitter et cie. Avec un minimum d’esprit critique, l’internaute pourra s’interroger sur l’authenticité des sources, la véracité des faits, et l’interprétation qu’on peut en faire…

Cela étant dit, la Municipalité des Îles est-elle oui ou non la 6e plus pauvre au Québec ? Puisque rien n’est aussi simple que les grands titres d’un journal, cela dépend évidemment de quoi on parle exactement, de ce qu’on cherche à démontrer.

Faible richesse foncière

La nouvelle du Journal portait sur le programme de péréquation du gouvernement destiné à soutenir les municipalités dont la richesse foncière uniformisée est la plus faible. En 2015, le soutien financier de 450,000 $ reçu par la Municipalité des Îles la hissait effectivement au 6e rang des municipalités de plus de 10,000 habitants bénéficiaires du programme. Si la richesse foncière uniformisée et la valeur moyenne des logements étaient les seuls facteurs de calcul de pauvreté, on pourrait conclure que la municipalité figure parmi les plus pauvres des villes de taille moyenne. Notons tout de même que des dizaines et des dizaines de petites municipalités québécoises de 3000 habitants et moins sont immensément plus pauvres que la nôtre. Ajoutons aussi que la richesse foncière uniformisée moindre d’une municipalité ne signifie pas forcément que les gens qui y habitent sont plus pauvres. À titre d’exemple, la richesse foncière de la Municipalité de Grosse-Ile n’est qu’une fraction de celle de la Municipalité des îles tandis que le revenu médian avant impôts des résidents de Grosse-Île est près de 3000$ supérieur à celui des autres Madelinots.

C’est plutôt la capacité financière de l’administration municipale qui sera limitée par sa faible richesse foncière puisque les municipalités tirent leurs principaux revenus autonomes de la taxation foncière. Les villes les plus prospères peuvent compter sur un secteur commercial et industriel fort dont les revenus de taxation permettent de réduire la pression sur les contribuables, ce qui n’est pas le cas aux Îles. Le développement immobilier favorise aussi la croissance de la richesse foncière d’une municipalité et de ses revenus de taxation. Là encore, la stagnation de la valeur des propriétés résidentielles dans l’archipel ces trois dernières années indique que la Municipalité n’est pas près de pouvoir se passer de la péréquation.

Au 20e rang parmi les MRC

On le voit, si le programme de péréquation municipale compense en partie la faiblesse de l’assiette fiscale des municipalités, la hauteur des montants distribués ne suffit pas à juger de la «pauvreté» des résidents ou de la vitalité socioéconomique d’un territoire.

À cet égard, le nouvel indice de vitalité des territoires, élaboré par l’Institut de la statistique du Québec, s’avère beaucoup plus utile, quoique guère plus réjouissant pour les Îles.

Ce nouvel indice de vitalité économique remplace l’indice de développement socioéconomique du ministère des Affaires municipales datant de 2002. Cette mesure était utilisée aux fins de calcul des sommes consenties aux Pacte ruraux et au programme d’aide aux municipalités dévitalisées, aboli depuis par le gouvernement.

L’indice de vitalité d’un territoire s’appuie sur trois indicateurs : le revenu total médian des particuliers (revenu total avant impôt), le taux de travailleurs ainsi que le taux d’accroissement annuel moyen de la population. Contrairement à l’indice de développement dont le calcul était révisé aux cinq ans, selon les données du recensement, ce dernier est revu sur une base annuelle.

Selon les plus récentes données disponibles à partir de cet indice de vitalité, la Communauté maritime des Îles se situe au 86e rang sur les 104 territoires de MRC du Québec. On pourrait donc conclure que la communauté maritime des Îles figure au 20e rang des territoires de MRC les plus dévitalisés du Québec.

Le pire score de la MRC des Îles puis 15 ans remonte à 2002 (92e rang) alors qu’elle obtenait sa meilleure position en 2007 en se hissant au 74e rang. La dévitalisation de l’archipel que révèle cet indice s’accentue depuis 2011, date qui correspond notamment avec la réforme de l’assurance-emploi du gouvernement Harper.

Encore la démographie

En réalité, le facteur démographique est celui qui semble peser le plus lourd dans le résultat négatif de l’indice de vitalité de la Communauté maritime des Îles. En effet, la courbe démographique descendant est directement proportionnelle à la chute de l’indice de vitalité entre 2011 et 2014. Même si le revenu total médian de même que le taux de travailleurs augmentent, à la faveur de la baisse de population aux Îles, l’indice continue sa décroissance au cours de cette période. Nous pouvons donc encore une fois conclure que la croissance et la revitalisation économiques passent donc par un rétablissement de la démographie.

Pour boucler la boucle, dans la présentation de son nouvel indice de vitalité, l’Institut de la statistique du Québec met en relief les différences entre les municipalités qui se classent parmi les premières et celles qui se classent parmi les dernières de l’indice de vitalité économique. Sans surprise, celles dont la richesse foncière est plus grande, là ou la valeur moyenne des maisons unifamiliales est plus forte parce qu’elle sont convoitées, ce sont aussi les municipalités où l’indice de vitalité économique est le plus élevé.IMG_2550

Laisser un commentaire