Hydrocarbures : la plateforme des îles

S’il est majoritaire, le prochain gouvernement du Québec, quel qu’il soit, adoptera vraisemblablement une série de décisions déterminantes quand à l’avenir de la filière des hydrocarbures au Québec. Même si on n’en a peu parlé pendant la campagne électorale, ces décisions auront un impact direct sur le sort de notre archipel, ce qui exigera que les Madelinots se fassent entendre et parlent d’une seule voix. Pour cela, il est impératif que notre communauté insulaire se dote d’une position stratégique claire sur l’enjeu des hydrocarbures, d’une plate-forme pourrait-on dire, sans attendre la conclusion des travaux sur la stratégie énergétique pour les Îles, amorcés il y plus de deux ans.

Une fois élu, le nouveau gouvernement voudra en effet adopter une loi sur les hydrocarbures, une loi miroir sur l’exploitation des hydrocarbures dans le Golfe Saint-Laurent, créer un Office Canada-Québec des hydrocarbures extracôtiers, adopter un règlement sur la protection des sources d’eau potable et décider des suites à donner au rapport du BAPE sur l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles aux Îles.

Québec a par ailleurs créé deux comités, économique et technique, pour donner suite à l’étude environnementale stratégique sur les bassins Baie-des-Chaleurs, Anticosti et de Madeleine (EES II), qui couvre le secteur Old Harry. À cela s’ajoute la publication imminente de la mise à jour de l’EES pour le secteur ouest de Terre-Neuve qui pourrait bien donner le feu vert aux premiers forages dans le Golfe Saint-Laurent.

Dans ce contexte, on peut s’étonner que la Municipalité des Îles n’ait pas jugé utile d’inscrire le dossier des hydrocarbures au rang de ses priorités dans le cadre de la présente campagne électorale. Pourtant, le conseil municipal a récemment réitéré sa position de juin 2010 en faveur d’un moratoire sur les forages dans le Golfe Saint-Laurent. La Municipalité a également accueilli positivement les conclusions du BAPE sur les forages en milieu terrestre, sans pour autant prendre position sur le fond du dossier ni réclamer une mise en oeuvre rapide des recommandations par le ministre de l’Environnement.

Qui plus est, le report de l’adoption du règlement sur la protection de l’eau potable depuis près d’un an ne semble pas préoccuper nos élus outre mesure. Pétrolia a pourtant gagné sa cause en première instance contre la ville de Gaspé alors que la poursuite de 1,5 millions $ de Gastem contre la petite municipalité de Ristigouche-Sud-Est vient tout juste d’être autorisée. Gastem pourrait-elle poursuivre aussi la Municipalité des Îles qui a adopté le même règlement? En matière de développement, l’attentisme est rarement la meilleure solution.

Faut-il également rappeler que le gouvernement du PQ s’est prononcé résolument en faveur de l’exploration pétrolière en Gaspésie et à Anticosti, en plus de se rallier au PLQ et à la CAQ dans leur volonté de faire bénéficier aux Québécois d’une éventuelle exploitation de pétrole sur le site Old Harry, dans le Golfe-Saint-Laurent.

Pendant ce temps, le rapport de l’EES II de Genivar a donné entièrement raison à l’approche de précaution préconisée par l’Agglomération municipale depuis 2009: besoin d’une approche interprovinciale et de mieux connaître l’écosystème du Golfe, capacité d’intervention insuffisante en cas de marée noire, non-acceptabilité sociale. En milieu terrestre, le BAPE a recommandé un resserrement tel des règles de protection de l’eau potable aux Îles que les forages gaziers apparaissent peu compatibles avec la fragilité du territoire. La Commission des enjeux énergétiques en a rajouté en suggérant à Hydro-Québec d’aller de l’avant avec le projet de raccordement électrique des Îles à la Gaspésie, ce qui anéantirait le projet d’approvisionnement local de la centrale d’HQ, prôné par Gastem.

Entretemps, la Chambre de commerce des îles est sortie de sa réserve habituelle en publiant les résultats d’un sondage-maison qui indique que la moitié de ses membres appuient le développement de la filière hydrocarbures. On devine depuis longtemps le penchant favorable des commerçants en faveur des forages pétroliers. Ce qui étonne c’est plutôt que la moitié des répondants y seraient opposés.

Si les raisons de craindre ou de s’opposer au développement de la filière des hydrocarbures sont nombreuses et documentées, tant sur le plan environnemental qu’économique – pêche et tourisme dépendent étroitement d’un environnement sain – il reste maintenant à connaître les raisons qui pourraient inciter une majorité de Madelinots à y adhérer. Le gouvernement, l’industrie et leurs partisans ont le fardeau de la preuve.

Les élus et autres leaders du milieu ont le devoir d’accentuer la pression, de développer un argumentaire et de s’entendre sur une position stratégique commune afin de faire entendre le point de vue prépondérant de la communauté madelinienne sur la filière des hydrocarbures. Des consultations nous sont promises, voire un débat de société. Or, à moins d’une prise de position claire, consensuelle et défendue avec leadership et conviction par nos représentants, les Madelinots risquent fort de se voir imposer des décisions venues d’en haut, ou venues d’ailleurs.

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