Peut-être est-ce le climat d’austérité qui nous oppresse, nous déprime et nous inspire un certain sentiment d’impuissance collective. Il n’en reste pas moins que l’indifférence généralisée qui a suivi l’annonce de la fermeture de la télévision communautaire TVI, le mois dernier, à de quoi décevoir pour une communauté insulaire qu’on dit fière et ingénieuse.
Pourtant, la mise au rancart de notre télévision communautaire n’est pas une décision venue d’Ottawa ou de Québec non plus que le fruit du destin ou une simple fatalité. Il s’agit d’une décision prise par le conseil d’administration de Diffusion communautaire des Îles, qui est aussi responsable de la radio communautaire.
L’annonce faite par voie de communiqué, et avec «regret», évoque essentiellement des raisons d’ordre financier à moyen et long terme et de pertinence dans le paysage médiatique madelinot.
Ce qui surprend, quand on y regarde de plus près, c’est que les besoins financiers de l’organisme étaient assurés à court terme. Dans le contexte où nos institutions publiques croulent sous le poids des déficits, alors que la plupart des organisations communautaires passent souvent autant de temps à solliciter des fonds qu’à remplir leur mission, la décision de jeter l’éponge étonne et déçoit.
Cette décision touche pourtant à l’enjeu important de la diversité des sources d’information dans nos sociétés modernes et des rôles complémentaires de la presse écrite et électronique. Il n’y a pas si longtemps, des voix s’élevaient contre la fermeture de journaux dans plusieurs régions du Québec, dont la Gaspésie. Par ailleurs, on a poussé les hauts cris à la suite des coupures répétitives dans le budget de Radio-Canada par le gouvernement conservateur, craignant les impacts pour les régions. Or, localement, on éteint pour de bon la télévision, sans réagir. Silence radio, pourrait-on dire…
Perte d’un acquis
Outre la perte déplorable de deux emplois, la fermeture annoncée de TVI signifie l’abandon d’un acquis, d’un outil de communication et d’un levier de développement dont le potentiel n’a jamais été exploré à fond.
L’histoire de la télévision communautaire remonte à une vingtaine d’années. D’abord avec CTCF-TV puis TVI, la télévision communautaire a doté le milieu d’une mémoire visuelle impressionnante. À travers les années, les artisans de la télévision ont permis la diffusion de grands événements dans l’archipel, ils ont réalisé des entrevues avec des personnalités marquantes, ils ont suscité des débats publics enflammés sur des questions vitales pour le développement des Îles. Ils ont même produit des bulletins de nouvelles qui ont ébranlé pour un temps les médias traditionnels.
On sait que l’assouplissement des règles de financement par le CRTC et les difficultés financières ont réduit la capacité d’agir de la télévision communautaire et affecté la programmation des récentes années. La diffusion de la programmation par câble en a pris pour son rhume avec l’avènement de la télévision par satellite. N’empêche, des formules de diffusion alternative ont émergé, notamment par le web. À l’heure des réseaux sociaux, force est de constater que le modèle était à revoir. On a plutôt décidé de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Produire des émissions de télévision dans un milieu comme le nôtre est, à n’en point douter, un parcours semé d’embuches. Mais la mission de TVI demeure importante : «offrir aux téléspectateurs une programmation diversifiée et de qualité qui reflète les réalités et les intérêts des différents groupes de notre communauté.»
Cette mission avait d’ailleurs suscité l’adhésion de nombreux partenaires de développement et permis le virage numérique et la relance de TVI en 2009-2010.
Mille fois sur le métier…
Bien-sûr, ça n’aura pas suffi. Mais l’action communautaire n’est-elle pas un perpétuel recommencement? N’est-ce pas la raison pour laquelle le radiothon de CFIM et l’autopromotion qui l’entoure se tient à chaque année? Après 10 ans de travail, les administrateurs de TVI lancent la serviette. Imaginons ce que seraient nos Îles si des perspectives d’avenir incertaines devaient sceller le sort de tous nos projets. C’est d’ailleurs ce contre quoi la majorité des organisations des Îles se battent au quotidien alors que les ministères mettent systématiquement en doute la capacité du milieu à se développer.
Ce qui semble évident, dans le dossier de TVI, c’est que la greffe entre les deux médias communautaires n’a jamais vraiment pris. Alors que les grands médias n’en finissent plus de pratiquer la convergence pour survivre, que les journalistes de la presse écrite filment les conférences de presse et en présentent des extraits sur le web, que les animateurs de radio et de télévision multiplient les blogues et les chroniques dans les journaux, aux Îles, les parois entre CFIM et TVI sont demeurées plutôt étanches. L’effet de synergie potentielle n’aura semble-t-il jamais été exploré.
L’assemblée générale des membres s’est prononcée deux fois plutôt qu’une en faveur de la reprise de TVI par Diffusion communautaire des Îles, en 2005 et 2006. Plusieurs membres ont sûrement cru qu’en renouvelant leur carte de membres de l’organisme, ils appuyaient tant la radio que la télévision communautaire. Au fait, pourquoi la fermeture de TVI ne passe-t-elle pas par une sérieuse discussion publique et un vote des membres?
Un médium puissant
Comme disait l’autre, «on ne veut pas le savoir, on veut le voir». Pourquoi en serait-il autrement aux Îles-de-la-Madeleine? La télévision demeure d’ailleurs un médium extrêmement puissant. Entre les mains de la communauté, la télévision recèle un pouvoir d’information, de sensibilisation, et de mobilisation collective incomparable. Au surplus, la télévision, comme la radio communautaire, peut constituer un tremplin de choix pour la relève.
Au moment d’écrire ces lignes se prépare le Forum des partenaires du projet de territoire Horizon 2025. Avec un peu de chance, une centaine de Madelinots discuteront ensemble des enjeux déterminants pour l’avenir de toute notre communauté. Comment ne pas regretter, déjà, l’absence de couverture télévisuelle qui permettrait à tous les Madelinots d’y prendre part? Et il ne s’agit que d’un exemple, parmi des dizaines, de ces instants, petits et grands, qui façonnent le cours de notre devenir collectif.
Si la télévision communautaire n’existait pas, il faudrait l’inventer. Pourtant, elle existe…

Bonjour Joël,
J’ai toujours déploré le fait qu’il n’y avait pas assez d’émissions pour la télévision communautaire aux îles. Je propose qu’un comité se forme pour organiser des émissions pour juillet 2015. J’ai travaillé sur le comité de la programmation de la télévisons communautaire de la Rive-Sud et j’ai monté une série d’émissions qui s’intitulait Gérer le changement et réussir. Des gens d’affaires étaient interviewés. J’ai plein d’idées pour des émissions et je suis une bonne recherchiste. Donne-moi des nouvelles. Maria Landry
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Votre proposition est certainement intéressante. Il faudrait toutefois vérifier l’intérêt des dirigeants de TVI qui ont, rappelons-le, convenu de mettre fin à la programmation.
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