S’il y a une chose que le remaniement ministériel de la semaine dernière vient confirmer, c’est que les régions ne pèsent pas lourd dans l’agenda du premier ministre Philippe Couillard. Sur les 28 membres du cabinet Couillard, seulement 6 proviennent des régions et aucun n’occupe un poste névralgique capable d’influencer les politiques gouvernementales.
Les Madelinots et les Gaspésiens en ressortent encore une fois orphelins alors que le seul député libéral à l’est de Rivière-du-Loup, Germain Chevarie, est encore une fois ignoré par le premier ministre. Sans vouloir tourner le fer dans la plaie, il est difficile de ne pas voir dans cette décision un désaveu du député des Îles, après six années de vie parlementaire. L’affront est d’autant plus significatif que le premier ministre a choisi de déléguer la responsabilité régionale au dernier venu de l’équipe libérale, le transfuge de l’ADQ Sébastien Proulx, nouveau député de Jean-Talon, au cœur de la ville de Québec.
Il se dégage de la décision du premier ministre un paternalisme à l’égard de notre région que l’on croyait révolu. Vous n’êtes pas dignes d’avoir l’un des vôtres au sein du cabinet, semble dire M. Couillard, mais on va s’occuper de vous à distance. Cela rappelle la triste époque où l’on jugeait que les Madelinots avaient besoin de quelqu’un « de la ville » pour les représenter à l’Assemblée nationale. Jean Charest avait certes fait la même chose en confiant la région au ministre Yves Bolduc, au départ de Nathalie Normandeau, mais il était en fin de mandat, les limousines étaient déjà trop nombreuses et les députés Chevarie et Mamelonet avaient bien peu d’expérience.
Régions dépouillées
La déception pour les régions est d’autant plus grande que le premier ministre avait clairement indiqué, depuis des semaines, que le remaniement servirait à donner plus de place aux régions. À moins que l’on considère Laval, Sillery et Verdun comme des régions, l’exercice est pour le moins futile.
Le parti-pris montréalais de M. Couillard est particulièrement limpide dans la nomination de deux ministres, l’un de l’ouest Montréal, l’autre de l’est de Montréal, à des postes cruciaux pour les régions. Le premier, Martin Coiteux, est non seulement ministre des Affaires municipales (en plus d’hériter de la Sécurité publique), mais il est aussi responsable de la métropole, ce qui relève à tout le moins du conflit d’allégeance, sinon du conflit intérêts. De son côté, la députée d’Anjou, Lise Thériault, aura fort à faire pour démontrer sa compréhension des particularités régionale au ministère du Développement économique régional.
Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement libéral n’a pas seulement fait disparaître le mot «régions» de l’appellation du ministère des Affaires municipales, mais il a aussi mis au rancart la politique de la ruralité, l’aide aux municipalités dévitalisées et privé de fonds les programmes d’habitation. Le pacte fiscal a entrainé l’abolition de la concertation régionale et le soutien apporté par les CRÉ, mis la hache dans le réseau des CLD et retranché des centaines de millions aux municipalités en échange de pouvoirs spéciaux en matière de relations de travail réclamés par Montréal et Québec. Après avoir docilement acquiescé, les municipalités sont aujourd’hui dépouillées de leurs outils de développement, mais aussi et surtout du pouvoir d’influence qu’elles exerçaient. Pour s’en convaincre, il fallait entendre le président de la Fédération québécoise des municipalités se désoler du fait qu’aucun ministre n’ait de responsabilité spécifique aux régions.
Pour l’archipel
La nomination de Martin Coiteux aux Affaires municipales représente une grande incertitude quant à la reconnaissance de l’insularité. Difficile a priori de voir M. Coiteux comme celui qui accordera un statut particulier aux Madelinots, après la démonstration éloquente d’insensibilité dont il a fait preuve dans l’application de ses politiques d’austérité tous azimuts au Conseil du Trésor. Il faudra sans doute lui rappeler que le premier ministre lui-même en a fait un engagement formel.
Le passage de Pierre Moreau à l’Éducation, après avoir mis au pas les municipalités, nous permet de penser que l’abolition des commissions scolaires sera bientôt chose faite. Il sera intéressant de voir comment celui qui proposait l’abolition pure et simple des cégeps traitera le dossier de la reconstruction des espaces désuets du Campus des Iles alors qu’une décision politique est désormais attendue.
Malgré les critiques dont elle fait l’objet depuis son témoignage surréaliste devant la Commission Charbonneau, la nomination de la ministre Julie Boulet au Tourisme est une bonne nouvelle pour l’archipel. Mme Boulet est une ministre d’expérience qui connaît fort bien les enjeux madelinots, auxquels elle a été sensibilisée lors de son passage aux Transports
On remarquera que le ministre Jean d’Amour n’est plus ministre responsable de l’implantation de la Stratégie maritime, mais ministre des Affaires maritimes. Cela pourrait bien indiquer que la décevante stratégie, dont on se demande encore comment elle pourrait avoir un effet bénéfique sur l’économie et l’emploi, risque de subir le même sort que le Plan Nord au rang des mirages économiques.
En matière de Transports, il sera intéressant de voir si la nomination du banquier Jacques Daoust signifiera l’abandon ou la relance du «nouveau modèle» en transport aérien que les instances locales réclamaient pour le mois de mai 2015 et qui est toujours dans les limbes. M. Daoust, qui revendique un état nettement moins interventionniste, a surtout fait parler de lui comme ministre de l’Économie lorsqu’il a qualifié les entrepreneurs des régions de «petits rois de villages»…
Ce cabinet reflète un peu beaucoup la philosophie du parti libéral…pour eux les régions ce sont une dépenses…pas un profit pour la province…
Ne vous inquiétez pas…ils seront là pour venir manger du homard en avril…et la région payera la note… comme l’avion nolisé pour venir chercher Mme Thériault…
Va-t-on s’en souvenir…une fois pour toute…si je me fie au passé…j’en doute…
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