Les Îles patrimoine mondial de l’UNESCO: maintenant ou jamais

L’archipel des Îles-de-la-Madeleine compte-t-il parmi les sites d’une valeur universelle exceptionnelle sur la planète ? Y retrouve-t-on le caractère d’authenticité et d’intégrité propre à un territoire d’exception ? Mérite-t-il qu’on y accorde les efforts de gestion, de protection et de mise en valeur qui correspondent à sa valeur inestimable, au-delà de nos frontières et pour les générations à venir ?

Si les Madelinots répondent dans l’affirmative à ces trois questions, les démarches visant l’inscription des Îles-de-la-Madeleine à la Liste indicative des sites du patrimoine mondial au Canada doivent être lancées dans les délais les plus brefs. C’est maintenant ou jamais.

Le bon moment

La ministre responsable de Parcs Canada, Catherine McKenna, vient de lancer une invitation à toutes les communautés du pays à lui soumettre des propositions pour cette liste indicative des sites d’exception que soumettra le Canada à l’UNESCO au cours de la prochaine décennie. Il s’agit d’une première en 12 ans, et surtout, d’une occasion à saisir pour les Madelinots et les amants des Îles-de-la-Madeleine. Le contexte ne pourrait être meilleur pour déposer la candidature de l’archipel madelinot. Il s’agit peut-être même de notre dernière chance.

Il faut savoir que la question a été analysée par les intervenants municipaux et touristiques à deux reprises, dans les années 1980 et 1990. Chaque fois, on a décidé d’attendre, estimant qu’il fallait d’abord réaliser un travail de terrain pour mieux gérer notre territoire. Or, les conditions de base semblent aujourd’hui réunies. L’organisation politique régionalisée, la mise à jour des outils de gestion du territoire, une plus grande conscientisation citoyenne, l’adoption de diverses politiques de développement et d’un projet de territoire autorisent aujourd’hui les Madelinots à aspirer à la reconnaissance du caractère unique au monde de leur archipel.

Le moment est particulièrement judicieux pour entamer la démarche, puisque c’est le gouvernement fédéral lui-même qui nous y invite. Il ne faudrait surtout pas reporter l’échéance de 10 ou 20 ans. Le temps ne joue plus en notre faveur alors que risquent de peser encore plus lourd les pressions économiques et de l’habitat sur les paysages, l’activité humaine sur les zones et les espèces vulnérables, la chute démographique et la dévitalisation sur notre pouvoir d’agir.

Reconnaissons qu’il y a encore du chemin à parcourir dans la façon dont nous prenons soin de nos Îles. En ce sens, une démarche d’inscription à la liste des sites patrimoine mondial peut s’avérer une source de motivation, de fierté et d’engagement à se surpasser.

De la parole aux actes

Pour lancer la démarche, il appartient incontestablement au conseil de la Communauté maritime des Îles de passer à l’action. Pour les représentants politiques du milieu, un tel projet constitue une chance en or de rallier les Madelinots autour d’une vision commune de l’avenir de leur territoire et de mobiliser à cette fin les forces vives du milieu. L’inscription des Îles à la liste des sites du patrimoine mondial s’inscrit d’ailleurs fort bien dans la thématique de la reconnaissance de l’insularité, en lui apportant un peu de substance et une bonne dose d’ambition.

Les élus ont déjà signifié un appui de principe à une démarche citoyenne d’inscription des Îles, ou d’une partie du territoire, au patrimoine mondial de l’UNESCO, en octobre 2014. Un tel projet ne peut toutefois reposer que sur les épaules d’un groupe de citoyens, aussi enthousiastes soient-ils. Seule la municipalité possède réellement les moyens d’agir, en ralliant les ressources nécessaires à la cause. Le temps est venu de passer de la parole aux actes.

Il est d’ailleurs minuit moins cinq puisque la demande doit être déposée d’ici le 27 janvier 2017. D’autres sont déjà en action, comme ville de Saguenay qui travaille déjà depuis quelques années à faire reconnaître le quartier historique d’Arvida de même que le fjord, pour des rasions différentes, à titre de sites du patrimoine mondial. Dans l’archipel, il est à espérer que les élus accorderont les mandats et voteront un budget conséquent pour analyser la question, développer le projet et mener des consultations.

Quoi et pourquoi ?

Comme dans bien des choses, la reconnaissance comme site patrimonial comporte des avantages et des responsabilités. On peut aisément imaginer la visibilité internationale, la notoriété et les retombées touristiques et économiques qu’apporterait aux Îles le sceau patrimonial de l’UNESCO. Pensons au Vieux-Québec, à Grand-Pré et à Lunenburg. L’accès à un financement de l’ONU et, logiquement, de nos deux paliers de gouvernements, bonifierait considérablement notre approche et nos perspectives de développement économique, notamment en matière de transport. Des contraintes quant à la gestion du territoire, sa protection et sa mise en valeur sont également à considérer.

C’est pourquoi une démarche rigoureuse d’élaboration de projet, d’analyse et de consultation doit être entamée rapidement. Le Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes pourrait, par exemple, être mis à contribution. Nous ne partons pas de zéro puisque de nombreux rapports, études et analyses existent déjà sur les dimensions historiques, culturelles, géomorphologiques et socioéconomiques du territoire. Le caractère patrimonial de certains monuments a été reconnu. Le schéma d’aménagement et de développement est à jour, des aires territoriales de protection des habitats ont été décrétées par Québec et Ottawa, les règlements de zonage ont été révisés, etc.

Une éventuelle candidature en provenance des Îles devra en démontrer la valeur culturelle, historique ou naturelle exceptionnelle. Il y aura un choix à faire et un solide argumentaire à développer, d’abord pour être admis sur la liste indicative de notre gouvernement. Il faudra aussi déterminer l’ampleur du territoire ciblé : l’ensemble de l’archipel ou un site mieux circonscrit tel la pointe de l’Est, l’Ile Brion, l’ile d’Entrée, le milieu dunaire, certains ensembles architecturaux, les phares, certains paysages de buttes et de vallons, etc.

De la liste indicative à une reconnaissance internationale, la procédure peut s’étaler sur une dizaine d’années et même davantage. Cela comporte beaucoup de travail, d’efforts, de compromis et de persévérance. À moins de saisir l’invitation faite aujourd’hui par la ministre McKenna, n’en parlons plus.

2 réflexions sur “Les Îles patrimoine mondial de l’UNESCO: maintenant ou jamais

  1. Un écrin dont vous êtes les joyaux et dont « la valeur historique, culturelle ou naturelle exceptionnelle » (on pourrait écrire exceptionnelles) est si évidente qu’il ne doit pas être si difficile de convaincre. Bon courage !

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