En plus des paysages à couper le souffle et de l’insularité, l’archipel des Îles-de-la-Madeleine se caractérise avant tout par le peuple qui l’habite et la culture qu’il s’est forgée à travers l’histoire. À cela s’ajoute une production culturelle et artistique de plus en plus diversifiée, riche et inspirée. C’est dans cette perspective que la contribution des îles au renouvellement actuel de la politique culturelle du Québec prend tout son sens et toute son importance au moment où se terminent les consultations publiques.
On notera au passage que le ministère de la Culture n’a pas cru bon de venir entendre les Madelinots, sur place, se prononcer sur leur vision de la politique culturelle en révision. Petit rappel : le territoire culturel du Québec ne s’arrête pas à Gaspé, il dépasse ses frontières continentales ! L’accès à la culture pour tous passe notamment par l’accès à l’information et aux plateformes d’expression sur ce thème, cet enjeu dont on sous-estime trop souvent l’importance.
À quoi ça sert ?
Avec l’adoption d’une première politique culturelle, en 1992, le gouvernement du Québec a signifié l’importance fondamentale de la culture pour la société québécoise. L’État s’est engagé à soutenir les créateurs, les diffuseurs, les organismes de concertation, de conservation et de mise en valeur du patrimoine. Il s’est reconnu la responsabilité d’appuyer l’épanouissement de la culture, son rayonnement et de contribuer à son financement. Pour des régions comme les Îles-de-la-Madeleine, l’égalité des chances en matière culturelle était et demeure un enjeu de premier plan. Question d’équité, l’État doit continuer de favoriser la production culturelle d’ici et l’accès à la culture partout sur son territoire.
Dans la foulée de la politique culturelle québécoise de 1992, l’archipel a d’ailleurs connu un essor considérable sur le plan culturel. Les artistes et artisans ont foisonné, plusieurs organismes à vocation culturelle ou patrimoniale ont vu le jour, le secteur culturel madelinot s’est établi, structuré, organisé. Les Madelinots se sont eux-mêmes réapproprié leur culture et l’ont pris en charge. L’adoption d’une politique culturelle aux Îles-de-la-Madeleine, en 2002, en est une belle illustration. Les fondements de cette politique locale étaient l’affirmation de l’identité madelinienne, la richesse de son patrimoine, le soutien aux créateurs, l’accès à la culture pour tous et la prise en charge collective.
Principes et thèmes
L’objectif gouvernemental de dépoussiérer sa politique culturelle, vieille de près d’un quart de siècle, est néanmoins tout à fait louable. Pour ce faire, le ministère de la Culture a retenu huit grands principes, dont quatre ont une résonnance particulièrement significative pour les Îles : le caractère essentiel de la culture, l’engagement renouvelé de l’État, l’accès la participation et la contribution de tous à la culture, et la recherche d’équité. Qu’il soit question de la création artistique, de formation et de professionnalisation, de diffusion, de conservation du patrimoine ou d’infrastructures culturelles, l’application de ces principes par l’État apparaît essentielle.
Dans son document de consultation, le gouvernement a par ailleurs soumis sept grands thèmes en lien avec les défis d’aujourd’hui, dont la culture et le développement durable, l’environnement numérique, le rapport du citoyen à la culture, le financement et la gouvernance. Autant d’enjeux avec lesquels le secteur culturel des îles doit composer pour assurer son développement et sa pérennité.
Enjeux locaux
En menant ses consultations à distance, en période estivale de surcroit, le ministère de la Culture a raté une belle occasion de favoriser les échanges, la réflexion et la prospective en matière de développement culturel aux Îles. On ne s’étonnera pas, dans ces circonstances, que la perspective madelinienne se résume à trois mémoires, déposés par la Corporation Arrimage, le Centre d’archives régional des Îles et la municipalité. À défaut d’une consultation élargie, les documents déposés proposent plusieurs constats et propositions dignes de mention.
Comme il s’agit du nerf de la guerre, la question du sous-financement de la culture apparaît comme un enjeu de taille. Arrimage décrit d’ailleurs de façon fort éloquente la période de désinvestissement et de décroissance qui affecte le secteur, particulièrement depuis le démantèlement des instances de concertation régionale. Alors que le financement des organismes est plafonné depuis des années, les travailleurs de la culture s’appauvrissent, les emplois se précarisent et les ressources s’épuisent.
De son côté, le Centre d’archives se tourne résolument vers la municipalité afin qu’elle assume une responsabilité complémentaire à celle de l’État. On pourrait ajouter à ce tableau la problématique des organismes culturels reconnus, mais non financés qui vivotent de projet en projet. Pour sa part, la municipalité appelle le gouvernement à travailler conjointement avec elle sur la question de la gouvernance et du financement.
La municipalité évoque par ailleurs le thème de la nécessaire modernisation des équipements culturels, par exemple dans les bibliothèques, de même que les besoins en immobilisations, sans plus de précision.
Le plaidoyer du Centre d’archives en lien avec la révolution numérique est particulièrement éloquent. Si le Web et les supports numériques offrent d’extraordinaires possibilités de conservation et de diffusion de fragments patrimoine, les coûts d’acquisition, d’opération, d’entretien et de formation de personnel sont bien souvent hors de portée, surtout en région insulaire.
Chacun espère aussi que la récente déclaration de reconnaissance de l’insularité par le gouvernement se traduise par l’octroi des moyens à la communauté des Îles à la hauteur de ses besoins et de ses ambitions en matière de culture.
« La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits
distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société
ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits
fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances…
La culture est dialogue, échange d’idées et d’expériences, appréciation d’autres valeurs
et traditions : dans l’isolement, elle s’épuise et meurt. »
( UNESCO, Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, 1982 )