L’élection de Donald Trump à la présidence des «États désunis d’Amérique» a créé une onde de choc à travers toute la planète. La victoire surprise et sans appel du magnat américain de l’immobilier, vedette de téléréalité et démagogue de premier plan, annonce sans contredit une période d’instabilité politique, économique et sociale face à laquelle même une région périphérique comme la nôtre ne peut demeurer insensible.
Surprise
Le premier constat qu’impose la victoire du candidat républicain, c’est que les sondages et les savantes analyses des observateurs politiques ne valent guère plus que les prévisions météorologiques. Encore une fois. Ce fut le cas avec le Brexit, comme dans une moindre mesure avec la plupart des scrutins des dernières années chez nous. Les indécis sont à l’évidence des électeurs discrets, voire gênés de dévoiler leur choix, et ce sont eux qui déterminent l’issu du vote. Le ressentiment des masses, conjugué à l’abstentionnisme des autres, produit des résultats troublants.
L’effet de surprise de la victoire de Trump contribue au sentiment d’inquiétude généralisé. Mais il y a bien pire. Candidat autoproclamé du changement, populiste de la droite anti-establishment, le nouveau président élu n’a donné que bien peu de détails sur la façon dont il entend redonner son lustre d’antan à l’Amérique, «Make America great again.» Or, son discours belliqueux contre l’immigration, les minorités, le libre-échange, les politiciens et les journalistes, pour ne nommer que ceux-là, nous permet de comprendre qu’il entend faire à sa tête, envers et contre tous. Il n’est d’ailleurs pas exclu que les élus républicains, majoritaires au Sénat et à la Chambre des représentants, deviennent rapidement ses meilleurs ennemis.
Les effets au Canada… et aux Îles
Les résultats électoraux ont à eux seuls créé des perturbations économiques immédiates. Baisse du dollar canadien et autres devises, chutes à la bourse, dans les cours du pétrole, etc. Comme pour le Brexit, le choc initial fera place à l’attente.
Des économistes ont prévu une nouvelle et lancinante récession advenant l’élection de Trump. C’est toutefois la capacité ou non du nouveau président à mettre en œuvre ses projets qui déterminera la suite des choses. Pourra-t-il aussi simplement qu’il l’a annoncé déchirer les accords de libre-échange, resserrer le contrôle des frontières et bâtir un mur à la frontière du Mexique ? Chose certaine, un plus grand protectionnisme et l’imposition éventuelle de barrières tarifaires nuiront à une économie canadienne déjà mal en point. Une crise dans le bois d’oeuvre est désormais inévitable. Qu’en sera-t-il de l’exportation des autres matières premières, dont les produits marins ? Qu’adviendra-t-il du marché américain d’exportation du homard des Îles, principal débouché pour notre crustacé ?
Crise de valeurs
Au-delà des impacts économiques, l’élection d’un président populiste, misogyne et climatosceptique a de quoi en ébranler plusieurs.
Sur le plan environnemental, Donald Trump se positionne résolument en soutien au développement de l’industrie pétrolière et n’a que faire de la transition énergétique. Quand il affirme, le plus sérieusement du monde, que les changements climatiques sont une invention de la Chine pour nuire à l’économie des États-Unis, il n’y a pas de quoi rire. Pour nous Madelinots, dans l’attente d’une stratégie énergétique territoriale, qui sommes à même de constater au quotidien les effets des changements climatiques et du réchauffement de la planète, le phénomène est troublant!
Sur le plan social, Donald Trump incarne à lui seul tous les comportements associés à la misogynie, voire à la culture du viol, généralement réprouvés partout en Occident. Le président élu a bien peu d’égards envers les minorités, il promet d’expulser sans ménagement les immigrants illégaux, de fermer la frontière aux musulmans – présumés terroristes – il s’oppose au mariage gay et à l’avortement, se moque d’un journaliste handicapé, etc. Archétype de l’homme d’affaires capitaliste sans âme et sans remords, il a acculé nombreux de ses partenaires d’affaires à la faillite, provoqué autant de licenciements qu’il a créé d’emplois et il s’enorgueillit d’avoir déjoué le système pour ne pas payer son impôt depuis près de 20 ans.
The American Dream – the end !
À plusieurs égards, on peut conclure que l’élection de Donald Trump vient sceller le sort du mythique «rêve américain», pour ce qu’il en restait. L’exercice du pouvoir, l’équilibre des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire saura, espère-t-on, éviter aux États-Unis les pires dérapages. Ce ne sera peut-être pas le cauchemar que certains ont prédit, mais le rêve américain a définitivement pris fin.
D’abord pour les Américains eux-mêmes, vivants désormais au sein d’une nation profondément divisée, dont les lignes de fractures socioéconomiques, culturelles apparaissent irréconciliables. Puis, pour les autres pays du monde, qui ne peuvent plus voir l’Amérique autrement que comme une puissance en déclin, désunie et en proie à toutes les dérives.
Le contraste avec l’élection de Barak Obama, il y a huit ans, est saisissant. Premier président noir, modèle d’intégrité, tribun inspirant, politicien charismatique et progressiste, porteur d’espoir et d’unité, Obama élevait le débat et les esprits.
Au terme de cette campagne acrimonieuse, ou deux candidats mal-aimés se sont insultés et crié des noms à qui mieux mieux, il n’y a pas de quoi se réjouir. On pourra reprocher ce qu’on veut à Hillary Clinton, les soupçons et controverses qui ont plombé sa campagne ne sont que des distractions par rapport à la malhonnêteté intellectuelle, à l’irrespect de tout et de tous et aux mensonges de son vis à vis. Les 600 jours de campagne offrent quantité de matériel pour tenter de comprendre les raisons profondes de l’élection d’un politicien sans expérience, au discours diviseur et revanchard face à… la première femme candidate à la Maison-Blanche.
Heureusement, la classe politique américaine et internationale, y compris son adversaire, a reconnu la victoire de Trump, la souveraineté du peuple et la validité du processus démocratique. Tout ce que Donald Trump refusait lui-même de s’engager à faire, sauf s’il était élu…