Une communauté d’Îles

Alors que l’été et les visiteurs s’installaient dans notre archipel, ces derniers jours, quelques dizaines de chercheurs, de gestionnaires publics et d’insulaires se réunissaient sur une île de l’Australie, Kangaroo Island, pour échanger leurs vues sur la réalité des Îles de la planète dans la fraicheur ensoleillée de l’hiver austral.

Le thème de la 15e conférence des Îles du monde, les communautés insulaires, modèles pour la survie de la planète, est à la fois inspirant et inédit. En effet, les communautés insulaires comme la nôtre peuvent-elles donner l’exemple à un monde moderne de plus en plus en perte de repères?

Une communauté de communautés

D’entrée de jeu, les milieux insulaires sont d’abord des modèles… pour les autres milieux insulaires. C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle les petites Îles du monde sont invitées à se rencontrer, à échanger et à se réseauter sous les auspices de l’ISISA*. La géographie, la culture, la langue, le climat, l’histoire caractérisent et singularisent bien sûr chacune des Îles de la planète. Or, ce qui se passe ici, dans l’archipel madelinot, se passe bien souvent ailleurs dans les autres Îles du monde. Pareil mais différent. Par exemple, la gestion du territoire, l’énergie, les transports, les télécommunications, la démographie, le tourisme, la gestion des ordures, des habitats, la gouvernance territoriale et tant d’autres enjeux se posent avec une acuité particulière dans l’ensemble des milieux insulaires.

En ce sens, les îles du monde sont toutes reliées globalement. D’où l’intérêt de cette communauté de communautés, que la mer entoure, sépare et relie à la fois.

Une première constante, de Fiji à Malte, de Bornholm aux Bahamas, les petites Îles de la planète ne sont pas une simple extension de continent ancrées au large, comme le voient trop souvent les gouvernements. Les milieux insulaires composent avec une réalité qui leur est propre sur tous les plans et qui se définit le plus souvent par rapport au continent justement. La reconnaissance de l’insularité, dont on parle ici depuis plusieurs années, c’est donc la reconnaissance d’un état de fait. L’important, ce sont les moyens à mettre en place pour assurer l’égalité des chances, l’équité, le bien-être du plus grand nombre.

Défis communs

Les communautés insulaires sont aux prises avec des défis similaires. Elles sont par exemple pour la plupart vulnérables face aux éléments naturels, aux changements climatiques et aux soubresauts économiques mondiaux. Elles luttent contre les assauts de la mer ou ceux des puissances pétrolières. Elles se battent pour améliorer leurs infrastructures, leurs services de santé, d’éducation et leur économie. L’enjeu démographique est criant dans la plupart des îles, souvent en raison du déclin et du vieillissement de la population comme ici, mais parfois aussi face à la surpopulation comme certaines îles de l’Asie.

Le tourisme est désormais l’industrie principale à travers l’ensemble des iles du monde. Opportunité ou menace? Comment trouver l’équilibre? Notre politique-cadre en développement touristique peut-elle servir de modèle? Tient-elle toujours la route?

D’une ile à l’autre, les questions de l’énergie, des télécommunications et du transport, maritime ou aérien, sont cruciales et rarement résolues de façon définitive. La piste d’atterrissage de l’aéroport de Kangaroo Island vient d’obtenir un financement fédéral qui permettra son allongement de 4500 à 6000 pieds, exactement ce que demandent les Madelinots depuis 30 ans. Ça ne s’invente pas! Le projet de 18 M$ permettra aussi l’agrandissement de l’aéroport et son autosuffisance électrique par panneaux solaires.

Semblables et uniques

Chaque île a donc son identité propre, unique et distincte. «Aux Îles, c’est pas pareil» se décline dans toutes les langues et tous les accents insulaires de la planète. Mais au-delà de leurs différences, les Îles recèlent partout un pouvoir d’attraction considérable. On souligne leur authenticité, la convivialité des contacts humains, le sentiment de sécurité qu’on y éprouve, l’accueil des visiteurs, la force, l’ingéniosité et la résilience de la communauté.

L’attachement profond envers le territoire, aussi exigu soit-il, s’avère une constante d’ile en ile. Le respect de la mer, aussi, celle qui nous nourrit, nous transporte, nous berce et nous bouscule parfois sans ménagement.

Et puis, il y a le respect de la nature et de l’environnement; le développement durable dont tous les milieux insulaires se réclament sans clairement définir ce concept que chacun interprète à sa façon, à la recherche d’un équilibre entre la préservation de ce que nous sommes et nos ambitions en devenir.

Un modèle?

Ce que les petites îles peuvent offrir à la planète comme modèle, c’est d’abord celui du partage des connaissances, des expériences et des réflexions sur nos réalités respectives. La remise en question des idées préconçues sur nos mécanismes de gouvernance, de la définition du développement et des modes de production et de consommation énergétique, de la gestion des territoires et des écosystèmes.

Les îles sont des milieux circonscrits, fragiles et vulnérables où l’on peut à la fois observer les travers du modèle de développement global actuel, comme les changements climatiques, et tenter d’inventer localement de nouvelles façons de faire, des réponses nouvelles et différentes aux défis de l’humanité. Une île à la fois.

«La tête est ronde pour que les pensées puissent changer de direction», dit un dicton allemand cité lors du lancement de la conférence des Îles du monde.

Il appartient aux citoyens insulaires de définir leur insularité, leur espace et la route qu’ils souhaitent emprunter. En s’inspirant les uns des autres, et en donnant l’exemple.

* ISISA : International Small Islands Studies Association

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